Chapitre 1: L'eau n'est pas une marchandise!

"Jusqu'à ce que la douleur le lui enseigne, l'homme ne sait pas quelle est la valeur de l'eau." (L. Byron, "Dom juan", chant 2, 84)

La vie ne tient qu'à un fil... au fil de l'eau elle s'établit, elle s'épanouit, elle relève son défi. Elle défile et se défile, elle est si fragile.

Sur tous les continents, depuis la nuit des temps, on le dit sans contredit: "L'eau, c'est la vie!" Condition sine qua non de son existence, de son apparition, de son évolution, elle détermine son espérance. Sans eau, pas de vie, pas de survie. De la naissance à la mort, elle pourvoit à notre subsistance. Principe vital, élément fondamental à toutes les échelles: de la cellule à la biosphère, elle anime la matière. Son cycle naturel est fondamental.

Elle était renouvelable, on l'a rendue fragile, épuisable, à force de surexploitation, de pollutions et de mauvaise gestion, incapables que nous sommes de maîtriser l’évolution de notre civilisation, la course du progrès, les flux de populations, l’industrialisation, l’urbanisation, l’intensification agricole... Les enjeux liés à l'eau sont multiples et cruciaux.

L'eau n'est pas une marchandise, qu'on se le dise! Ni un butin, ni une poubelle! Elle fait partie des biens communs, comme le soleil, l'air et la terre nourricière. Son accès est un droit humain, inaliénable, universel, car elle est un bien vital, indispensable, essentiel. 

Pour les plus démunis, en Afrique, en Asie, quand ce n'est pas la pénurie, elle est vecteur de maladies. Elle achemine la vermine qui les extermine. Pour les plus nantis, héritiers des colonies, elle est source de profits.

Chez nous, elle nettoie, elle guerrit, elle élimine les toxines, elle purifie le corps et l'esprit. Elle peut aider à retrouver santé et vitalité.

Mais ailleurs, loin des yeux, loin du coeur, des millions d'enfants meurent, par manque d'eau potable. Environ 5500 par jour, selon un rapport onusien.  

Pas de noms, pas de prénoms. Ces enfants ne sont pas identifiés. On ne les connait pas, ils n'existent pas. On les laisse croupir dans l'anonymat. L'humanité ne veut pas les intégrer. Ils appartiennent à un groupe dévalorisé, primitif, surnuméraire, excédentaire. Ils sont quantités négligeables. On ne peut rien en faire. Ils ne sont pas en état de gagner leur vie. Ils n'ont rien à offrir en échange de leur survie. Ils n'ont pas de revenus, ils ne sont pas les bienvenus. Visages décharnés, corps squelettiques, on ne les voit pas. Leur photo n'est pas exposée au monde entier. Ils ne passent pas à la télé. Ils n'ont pas de voix, on ne les entend pas. Ils n'ont pas la force de crier leur désarroi, de clamer leur innocence, de défendre leurs droits. Ils n'ont même pas de larmes pour pleurer. Ils vont mourrir en silence, dans la plus grande indifférence. Ils n'ont pas de poids, ils ne comptent pas. Ils n'ont pas d'autre choix que de subir la violence, la disette des subsistances, l'ultime déchéance, la douleur, la souffrance. Ils ne goûteront pas aux joies de l'existence. Dans nos pays dits développés, on sait très bien ce qu'il en est de cette soi-disant fatalité. Mais on ne veut rien savoir, c'est leur désespoir. On n'a rien à y voir, ils sont victimes du hasard. Notre empathie est en pure perte quand elle est ressentie. On préfère les jeter dans l'oubli. Mais on pourrait, si on voulait, leur sauver la vie.

Parce qu'on n'est pas fichu de la prélever sous leurs pieds pour les abreuver, on préfère pomper leur eau pour extraire du minerai, quitte à l'empoisonner. Parce qu'on n'a pas voulu la décontaminer après l'avoir souillée. Bien qu'on ait la technologie pour préserver la vie, on se garde bien de la transférer, si le rentier n'y a pas d'intérêts. Parce qu'ils n'ont pas de revenus pour exister. Il faut payer pour subsister, il faut abonder la rente de rareté.

La nourriture et les soins sont réservés aux bestiaux, même si on en mange trop. On alimente en priorité, voire en exclusivité, les marchés les plus solvables, immédiatement rentables, les circuits de refroidissement, les usines de conditionnement. On laisse mourrir des hommes, des femmes et des enfants pour produire des agrocarburants.

Dans nos pays dits développés, l'eau coule de source au robinet, à profusion, sans restriction. Nous n'avons pas conscience de notre consommation. Pour notre bon plaisir, on n'y va pas avec le dos de la cuiller. On fait jaillir des gerbes d'eau. On nettoie les rues au karcher. On produit de la neige artificielle, on remplit des piscines privées, chacun la sienne si on pouvait, on arrose les greens, les aires gazonnées, la nature urbaine anthropisée, dénaturée, stérilisée. On fait pousser la vigne, moyennant une irrigation massive et 20 à 40 traitements pesticides par an. On promeut une viticulture compétitive, on favorise une agriculture intensive. Pendant que nous jouissons, pillons et gaspillons, on crève en masse dans le Tiers-Monde.

Et pourtant, la ressource est abondante sur notre planète bleue, en quantité suffisante pour satisfaire tous les besoins premiers, primaires, de première nécessité, et donc prioritaires, pour toute l'humanité. Mais elle est inégalement répartie, trop souvent accaparée par des multinationales assoiffées de profits. Sa juste distribution est un de nos plus grands défis, un premier pas vers la paix et la sécurité de la vie.

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