Chapitre 2: Quand Veolia fait le dégât...

L'eau est un des principaux enjeux de développement durable, exigeant de réduire les inégalités territoriales, économiques et sociales, sociologiques, alors qu'elles ne cessent de se creuser, injustifiables, fatales et cyniques...   

Les Groenlandais sont de loin les mieux lotis. Le dérèglement climatique a du bon pour eux, pour qui veut faire des profits. Grâce à la fonte des glaces, ils disposent des plus importantes réserves d'eau douce. Leur sous-sol est riche en pétrole et en minerais. Ils n'ont pas perdu le Nord, les pionniers groenlandais, anciens colons-colonisés, esquimaux métissés, bien décidés à transformer leur eau en or, depuis qu'ils se sont autonomisés, retirés de la CEE. L'eau des glaciers sera privatisée. Quatre entreprises ont déjà obtenu des licences d'exploitation. Une usine d'embouteillage est à l'oeuvre: 2 euros la bouteille d'un demi-litre. L'eau d'iceberg est réservée à l'élite. Elle ne sera pas gratuite.

Aux Etats-Unis, on peut continuer d'hyperconsommer. Les nord-américains ne risquent pas de manquer d'eau, chez eux. Mère-Nature les a gâtés, les a couverts de lacs, de fleuves et de rivières. Ils ont pu stocker l'eau dans des retenues, des châteaux d'eau. Ils ont pu creuser des puits et des tranchées pour amener l'eau dans leurs foyers.

Le Koweit est le pays le moins riche en eau. Dans cet émirat d'Arabie, c'est l'or noir qui coule à flot. La monarchie peut recycler ses pétrodollars en construisant des usines de dessalement d'eau de mer, en achetant de l'eau à son voisin irakien, en accaparant les terres et les aquifères africains, en abondant son budget militaire...

En Libye, la rente pétrolière a permis d'importants investissements dans l'agriculture, l'industrie et les infrastructures. Elle a fait des miracles, pour finir en débâcle. Elle a fait jaillir l'eau dans le désert du Sahara. Elle a créé la Grande Rivière artificielle dans le nord du pays, en faisant pleuvoir les pétrodollars. Elle a fertilisé des terres arides, créé un oasis prospère, un paradis sur Terre. Entre les mains du Guide Mu'ammar Kadhafi, elle a fini par ouvrir la porte des Enfers. Elle a financé des actes terroristes et son programme nucléaire. À Bahrein elle a offert des moyens de répression populaire. Au Qatar elle a permis d'acheter le pouvoir, elle alimente un fonds souverain, le Qatar Investment Authority (QIA), qui a des parts dans Total, Vinci, Veolia, premier actionnaire de Lagardère.

Le désert n'est pas toujours une richissime zone pétrolière ou gazière. Dans la Bande de Gaza, la plus grande prison à ciel ouvert, on suit un régime de forçat. Pas de ressource minière, pas de rente pétrolière. Le prisonnier ne vit pas aux frais de l'Etat. Chez Veolia, on n'en fait aucun cas. Au diable la sensiblerie! On alimente la colonisation, on relie les colonies, on dessert uniquement les colons. Ceux qui peuvent payer ne sont pas des parias. Là-bas comme ailleurs, le client est roi. La Terre sainte est approvisionnée en eau par d'importants aménagements, par ceux, pour ceux à qui elle a été promise et conquise. L'eau est un facteur aggravant entre Israël et ses voisins. Elle attire toutes les convoitises, on se dispute les nappes phréatiques et les eaux du Jourdain. Le "Champion de Dieu" a réussi à développer une agriculture moderne, intensive, et d'autres moyens de destruction massive. Dans l'ancien pays de Canaan, on pratique la course aux armements et aux rendements. On rivalise en retour sur investissement, faut-il verser le sang des innocents, femmes et enfants.

En Namibie, Areva a construit la première usine de dessalement d'eau de mer du pays, non par philantropie, pour la survie de quelques centaines de milliers d'hommes, mais uniquement pour le profit, pour alimenter sa mine d'uranium, pour exploiter leurs richesses au maximum. La Namibie est le quatrième producteur mondial d'uranium, le premier extracteur de diamants offshore. Pour assouvir les besoins croissants en eau des compagnies minières, on a construit une deuxième usine de dessalement  (110 MЄ) dans la région désertique d'Erongo. Pour les besoins quotidiens, vitaux, de plus de 800 000 Namibiens habitant les régions les plus pauvres, arides, on sert un liquide infâme, putride, qui les rend malades à crever... On les assassine.

Le Niger, dans la même veine, occupe une place qui nous est chère, qui leur coûte cher en vies humaines. Etat pauvre du Sahel, ancienne colonie française, dernier ou avant-dernier selon l'indice de développement humain des Nations-Unies. 18 enfants sur 100 meurent avant l'âge de 5 ans. En 2012, un Nigérien sur deux n'avait pas accès à l'eau potable et 4 sur 5 n'avaient pas accès à un système d'assainissement, avec de grandes disparités entre les régions et selon les milieux. Les bailleurs de fonds préfèrent investir dans l'hydraulique urbaine. Les villes et les bidonvilles en Afrique s'étalent à toute vitesse. On alimente en cinq sec les beaux quartiers, les ghettos de riches, au milieu d'immenses zones de pauvreté où fleurissent la criminalité, la violence, les maladies. Le droit à l'eau, reconnu, inscrit dans la Constitution, n'est pas appliqué. Le droit ne fait pas l'accès, il faut pouvoir se le payer...

Quand on est pauvre au Niger, on peut se désaltérer, faire la cuisine et se laver avec une eau contaminée. On peut également s'approvisionner à un point d'eau public, dans un des centres urbains desservis par Veolia. Il n'y a qu'à faire des kilomètres à pied, sous un soleil de feu, pour aller chercher l'eau nécessaire à la vie. Il n'y a qu'à faire la queue et transporter le fardeau, à dos d'hommes et souvent de femmes, ne couvrant que le minimum. À défaut de moyens financiers pour entretenir le matériel, 30% des puits ne seraient plus opérationnels. Les bailleurs de fonds préfèrent investir dans d'autres puits, des puits sans fond quant aux profits...

Au Niger, on a de quoi aguicher les hommes d'affaires: une manne pétrolière et des mines d'uranium. La croissance est tirée par les exportations de matières premières, par la mise en exploitation de nouvelles ressources minières, pétrolières, uranifères, par la contamination des sols et des eaux, la pollution des côtes et des plages, la destruction de la deuxième grande forêt tropicale primaire. On exploite, on accapare les terres, on extermine la biodiversité, moteur de la santé et de l'adaptation, on appauvrit les populations, en réduisant leurs revenus agricoles, ceux de la pêche et du tourisme. 

L'enjeu pour nous, occidentaux, c'est la sécurisation des gisements, la liberté de puiser l'eau abondamment, de déverser nos effluents et de porter atteinte à leur environnement. Epuiser les ressources hydriques dans une région qui en manque cruellement. Stocker sans précaution les déchets, matériaux et résidus miniers. C'est ce que fait Areva depuis 40 ans. C'est ce qu'elle a fait chez nous, jusqu'en 2001, dans plusieurs départements. La France est contaminée. Le Code minier garantit l'impunité.

Heureusement, Veolia est là pour potabiliser l'eau de Niamey, la capitale. Elle a tiré profit des plans du FMI, qui obligèrent les pays endettés à ouvrir leurs marchés publics aux entreprises étrangères. Elle a sélectionné les pays les plus rentables, les centres urbains privilégiés, l'Afrique des élites occidentalisées, les zones de fort développement économique, d'intérêt stratégique... Contrats léonins, rachat de filiales pour accéder à de gros marchés, prendre le contrôle des services d'eau et d'assainissement sans investir pour autant dans les infrastructures ou les démarches de qualité. Elle s'appelait encore Vivendi, en 2001, quand elle a rafflé la mise au Niger... Elle dessert aujourd'hui 2.3 millions de Nigériens, sur 19 millions dont la moitié est privée d'eau, elle a réalisé plus de 2000 km de réseau et 58000 branchements sociaux... sur fonds publics, en détournant massivement les aides au développement. La production d'eau a doublé en une décennie. Plus de clients, plus de profits. Les plus démunis ne sont pas desservis.

On fait la promotion du PPP, Partenariat-Public-Privé, et de la privatisation des services, en arguant que le privé peut investir et fournir des capitaux pour construire et entretenir les réseaux. Faux! Dans le domaine de l'eau, ce n'est pas l'opérateur privé qui réalise les investissements. C'est l'Etat qui s'endette ou se vend, négocie une aide au développement. C'est Veolia qui réalise des profits sur ces investissements. C'est l'AFD, l'Agence Française de Développement, bras armé de l'Etat en matière de Développement, qui a financé la station de pompage et de traitement de Niamey. C'est l'AFD qui vient d'accorder au gouvernement nigérien une subvention de 10 MЄ pour le paiement de ses factures d'eau, d'électricité et de santé. C'est Veolia qui empoche directement une partie des fonds. Veolia n'est-elle pas actionnaire de Proparco, la filiale privée de l'AFD?

Plus d'un milliard d'êtres humains dans 80 pays n'ont pas accès à une eau salubre. Au Cambodge, au Tchad, en Ethiopie, en Mauritanie, en Afghanistan, à Oman, moins de 40% de la population ont accès à l'eau potable. Les damnés de la Terre sont légion. Où règne le chaos, la misère et la désolation, la culture du pavot, l'insécurité, un climat de rébellion, on n'amène pas l'eau. Mais le critère déterminant, c'est la solvabilité des habitants. Le danger est acceptable s'il est potentiellement rentable.

L’Afrique subsaharienne reste la plus touchée par le manque d’eau : 61% de ses habitants seulement bénéficient d’un réseau de distribution ou d’un puits, contre 90% en Amérique latine, dans les Caraïbes, en Afrique du Nord et dans une grande partie de l’Asie. Dans les régions rurales des pays les moins avancés, 97% des gens n’ont pas accès à un approvisionnement en eau par canalisations. 14% de la population boit de l’eau de surface non traitée.

300 millions d'Africains n'ont pas accès à l'eau potable, alors qu'ils sont assis sur un énorme aquifère, contenant 20 fois le volume d'eau présent dans tous les lacs africains. Leur salut se situe à 300 mètres et non six pieds sous terre. On le sait, on connait les enjeux pour la sécurité alimentaire, l'agriculture vivrière, la lutte contre les effets du réchauffement climatique. Mais on connait aussi les dangers, soulignés par les experts: l'exploitation commerciale pour des projets d'irrigation agricole à vocation énergétique, d'exportation, aucunement nourricière. Le risque est grand d'épuiser l'aquifère et d'assécher les terres.

Les industries minières sont de plus en plus gourmandes, mais elles aussi génèrent des dividendes aux actionnaires. Si nous voulons changer la vie des Africains, alors il faudra supprimer leurs prébendes.

L'Inde attire fortement les multinationales de l'eau. Le sous-continent indien offre un marché immense, colossal, émergent, néocolonial. Veolia a pris sa part du gâteau, la plus grande part sans payer son écot. Elle s'est associée au géant du BTP Vishvaraj Infrastructure pour former le consortium Orange City Water Ltd (OCW).

Veut-on alimenter ces 150 millions de personnes privées d'eau potable en Inde? Et leur apporter la santé, l'hygiène, des conditions humaines. Rendre un service inestimable à la population, au développement durable de la civilisation. Chasser le stress et la détresse.

Pour soigner son image et se rendre respectable, éloigner le scandale, la réprobation générale, Veolia a promis l'eau potable aux bidonvilles indiens. Promesse sans lendemain, scandales financiers, corruption, pots-de-vin, investissements retardés, sous-dimensionnés, transferts de fonds suspects, surfacturations, escroquerie sur les prix, hors de portée des populations, opacité des contrats de délégation, retard des travaux, défaillances de gestion, coupures d'eau, jusqu'au conflit avec les habitants et les élus locaux... Et des émeutes au printemps 2013.

Les projets de privatisation de l'eau en Inde ont permis à Veolia de remporter le prix Pinocchio 2013 du développement durable, organisé par les Amis de la Terre, en partenariat avec Peuples Solidaires – Action Aid France et le CRID (Centre de Recherche et d'Information sur le Développement). On cloue ainsi au pilori les entreprises dont les activités sont en contradiction avec leur communication. Dans la catégorie "un pour tous, tout pour moi", Veolia s'est imposée comme "l’entreprise ayant mené la politique la plus agressive en termes d’appropriation, de surexploitation ou de destruction des ressources naturelles".

Dans la catégorie "plus vert que vert", qui récompense "l’entreprise ayant mené la campagne de communication la plus abusive et trompeuse au regard de ses activités réelles", Areva l'a emporté devant BNP Paribas et Air France.

Dans la catégorie "mains sales, poches pleines", "l’entreprise ayant mené la politique la plus opaque au niveau financier en termes de lobbying, ou dans sa chaîne d’approvisionnement", c'est Auchan, devant Apple et Alsthom.  

Tous les contrats de privatisation génèrent les mêmes problèmes, les mêmes effets pervers, délétères, mortifères. Partout le PPP (Partenariat Public-Privé) exaspère, enchaîne l'humanité. Partout Veolia fait le dégât, accroît les inégalités, opère en toute impunité, échappe à toute sanction pour sa gestion déplorable et malhonnête, pour ses pratiques dommageables.

Elle jette le voile sur sa nature vénale, ultra-libérale, en affichant son souci de développement durable, de réduction des émissions de gaz à effet de serre, de respect des Droits de l'Homme. N°1 des services à l'environnement, elle a créé en 2004 la Fondation Veolia Environnement, qui soutient des projets d'intérêt général, apporte son concours à l'urgence humanitaire et à l'aide au développement, à la protection de l'environnement... à but lucratif. Veolia est partenaire de SOS Enfants.

Mensonges, affabulations. Ce n'est bon que pour l'image et la réputation. Une goutte d'eau dans un océan de misère. Des miettes pour avoir l'air honnête. Des pansements sur des fractures ouvertes... Mais on ne met pas le doigt sur la plaie.

On parade avec un prix Nobel de la Paix. On dit vouloir la paix, mais on fait la guerre, on répand la misère et la désolation. On agresse, on pille les richesses. Objectif: conforter sa place de leader dans les services à l'environnement, ou plutôt dans les sévices en devenant le partenaire privilégié des industriels les plus polluants, des pétroliers et des gaziers du Moyen-Orient, des sociétés d'exploitation des gaz de schistes en Amérique, des sables bitumineux au Canada, des mines d'Australie et d'Afrique...

Ce n'est pas l'attitude que l'on attend d'un leader, qui lui ferait honneur. Nous n'avons pas les mêmes valeurs. Il ne s'agit pas seulement de valeur ajoutée, pour l'actionnaire, mais d'entrer au service de l'humanité. Apporter l'eau dans les foyers, et pas seulement au moulin de l'économie de marché. Susciter la fierté et non l'ambiguïté ou la culpabilité. Servir et non pas se servir. Elle réclame des droits et des libertés, il faut lui imposer des devoirs et des obligations envers nos sociétés...

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